lundi 13 mars 2017

Reconnaître les verbes : les suffixes -iller et ailler

Pétiller, criailler, coupailler...connaissez-vous d'autres verbes formés avec le suffixe -iller/-ailler ? Sauriez-vous imaginer leur sens par rapport à leur verbe de référence, notamment péter, crier et couper ?

le suffixe iller


Le français est une langue très riche du point de vue lexicale, qui permet d'exprimer tout un éventail de valeurs sémantiques grâce à des procédés de lexicalisation et de dérivation. Dans ces processus, les suffixes jouent un rôle prépondérant.

Selon Charles Bally, linguiste suisse qui fut longtemps collègue et collaborateur de Ferdinand de Saussure, « pour être expressif, le langage doit sans cesse déformer les idées, les grossir ou les rapetisser, les retourner, les transposer dans une autre tonalité. Les tours les plus ordinaires de la langue parlée en témoignent 1», : le pléonasme, l'exagération illogique à travers des figures de style comme l'hyperbole, l'ironie, la personnification, etc. Pour créer des variantes expressives, la langue se sert aussi de suffixes.

Comme le suffixe -fier ou -ifier qui donne un certain sens de relation au mot suffixé (amplifier, c'est rendre ample, clarifier, c'est rendre claire), les suffixes -iller et -ailler transmettent la valeur fréquentative, un aspect lexical qui donne un caractère de fréquence et de répétition au verbe de référence. Il s'agit donc d'actions dont l'accomplissement implique la répétition d'un mouvement ou d'une action.

Je vais vous proposer des exemples pour clarifier le concept :▼

  • pétiller, c'est éclater avec des petits bruits secs et répétés ou, par analogie, faire des petits bruits secs et répétés, comme ces bonbons qui pétillent sur la langue, ou l'huile qui pétille dans la poêle ou comme synonyme d'éclater en parlant d'un sentiment, par rapport à péter, qui veut dire éclater avec un bruit sec.
  • criailler, c'est pousser des petits cris fréquents, par exemple pour parler de quelqu'un qui se plaint sans arrêt.
  • coupailler, c'est couper à petits coups. Imaginez les lames d'une paire de ciseaux qui s'ouvrent et qui se ferment à petits coups pour couper le long d'une ligne.
  • sautiller, c'est faire des petits bonds.
  • frétiller, c'est s'agiter par des petits mouvements vifs et courts, comme un poisson dès qu'on le fait sortir de l'eau.
  • mordiller, c'est mordre à diverses reprises.

Cependant, outre à ce sens d'itération (=répétition), dans certains cas, le suffixe -fier peut avoir des connotations péjoratives. Par exemple :
  • criailler recèle généralement un caractère négatif, car il s'agit de pousser des petits cris fréquents de façon troublante et agaçante, par rapport à crier qui est beaucoup plus neutre.
  • écrivailler, c'est écrire rapidement et sans soin. Si l'on emploie ce verbe, on veut déprécier l'activité de l'écriture.
  • rimailler, c'est composer des rimes de peu de valeur, dépourvues de talent.
Il faut ajouter que d'autres suffixes peuvent transmettre à peu près le même sens, entre autres -oter ou -eter.

Devinez le sens de ces mots :
  • disputailler
  • fumailler
  • sonnailler

Exemples :

Les hommes, avec cette queue qui leur pousse devant, est-ce qu'ils sont tous comme ça ? Devant leur légitime, ils jouent les petits sains, prennent même la main de leur femme pour se la mettre au panier et bien montrer, après vérification, qu'ils n'ont plus de queue maintenant qu'ils sont grands ! Mais dès qu'ils voient d'autres bonnes femmes, tout le monde sait que leur queue se remet à frétiller comme fleur au vent !
Cataclysme, de Liu Qingbang


Les jours où je ne sors pas, je rapièce et je reprise. Je répare mon mobilier ou je l'astique. [...] C'est barbare, mais c'est drôle, et quelquefois ça m'occupe passionnément. Le soir, je lis ou j'écrivaille, ça m'amuse aussi. Enfin je dors serré, ce qui m'amuse encore plus, car je rêve beaucoup, et mes rêves sont généralement agréables.
Revue des deux mondes

Souvent, on est frappé par l'impression d'intelligence qui se dégage d'un visage. Le regard pétille de malice, le front plissé trahit parfois la profondeur de la pensée.
Quand vos gestes parlent pour vous

Quand elle répand la somptuosité sur la table, que le vin pétille dans la coupe, qu'elle te sourit, qu'elle te montre le plaisir, appelle à ton secours la raison ; tu es sur le bord du danger.
Manuel moral: suivi du Manuel de l'honnête homme

La jeune femme mordille son crayon, la mine grave. Pas une ligne. « Veux-tu que je t'aide à écrire ? » Audrey lui lance un regard reconnaissant. « Cela m'aiderait si tu me donnais une liste de questions auxquelles je n'aurais qu'à répondre. »
Nos mémoires apprivoisées, Valérie Cohen

Un jour Esmé alla dans le magasin où elle savait que le peintre avait acheté le bracelet. Elle en ressortit un long moment plus tard, emportant dans une boîte noire une paire de bracelets africains d'argent, creux et ciselés, très beaux aussi, des bracelets de danses rituelles qui sonnaillaient quand on les agitait.
Le part d'Esmé


Notes et bibliographie :
1Le langage et la vie, de Charles Bally
 Écho des études romanes : synchronie dynamique du système linguistique

Conseils de lecture :
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Continuez à étudier le français entre quat'z'yeux !

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